Le japonais #4 – Compter en japonais

Compter en japonais est une galère sans nom. A chaque fois qu’on me corrige sur les nombres, je ne peux pas m’empêcher de lâcher un “putain”. Heureusement, je ne le dis pas assez distinctement pour qu’ils comprennent parce que le “putain” français est mondialement connu. Du coup, j’ai envie d’écrire un article pour râler sur les nombres en japonais parce que ça me casse les bonbons. Vous vous souvenez quand je vous ai dit qu’il n’y avait presque pas d’exceptions en japonais et que ça en faisait un langage, dans ce sens, relativement simple à apprendre à parler ? Et bien vous pouvez oublier ça pour les nombres. Ou plutôt, s’il y avait un quota d’exceptions à mettre dans une langue, ils auraient choisi de toutes les mettre dans les nombres. Et évidemment, il faut les apprendre toutes.  Le pire c’est qu’ils n’ont pas l’air d’être d’accord parfois sur certaines façons de compter les choses ce qui rend l’apprentissage encore plus compliqué. Je vous conseille de lire mon article sur la prononciation avant de commencer pour comprendre certaines choses dans l’article d’ailleurs ! Aller, c’est parti mon kiki.

“C’est des fadas, c’est des fadas. Et quand tu crois tout comprendre, tu apprends que serpillière ça se dit wassingue, alors…”

Déjà, commençons par les bases, c’est à dire les chiffres de un à dix. Si vous avez fait du karaté ou un autre sport de combat japonais, vous devez déjà les connaitre : 一 ichi, 二 ni, 三 san, 四 shi ou yon, 五 go, 六 roku, 七 shichi ou nana, 八 hachi, 九 kyuu, 十 juu. C’est donc les chiffres de base et ils faut les maîtriser. Alors vous allez me poser la question : “Pourquoi quatre et sept ont deux lectures ?”. Et bien, ils peuvent utiliser l’un comme l’autre mais parfois, une seule des deux lectures est correcte selon le contexte. Pour quatre, une des raisons c’est que “shi” (死) est aussi la “mort” et donc parfois, ils veulent éviter d’utiliser ce son. Enfin, on m’a parlé d’une expérience intéressante à réaliser avec un japonais. Si je leur demande de compter de un à dix, ils vont me dire “ichi, ni, san, shi, go, roku, shichi, hachi, kyuu, juu”. Je leur demande ensuite de compter dans le sens inverse, de 10 à 1 et ils vont me dire “juu, kyuu, hachi, nana, roku, go, yon, san, ni, ichi”. Vous voyez la différence ? J’ai testé avec trois personnes pour le moment et ça marche à chaque fois, c’est assez marrant ! La meilleure partie, c’est qu’ils n’ont aucune idée de pourquoi ils répondent ça.

Vous devez penser : “Si c’est juste que parfois ils utilisent un son et parfois l’autre pour quatre et sept, ça doit pas être bien compliqué quand même, tu te fiches de nous Bolubo !”. Mais attendez ! Je n’ai pas commencé la difficulté là ! Pour les nombres, ils associent un chiffre et le chiffre dix pour faire la dizaine associée. Par exemple 四十 prononcé “yonjuu”, veut dire quarante. 四十二 (yonjuuni) veut dire 42. Super simple. On ajoute le nombre 百 “hyaku” pour cent et 千 “sen” pour mille… et 万 “man” pour dix milles. Maintenant, vous savez compter jusqu’à presque cent millions. Comment ? C’est simple, après 万 “man” vous utilisez 十万 “juuman” pour dire cent milles et ainsi de suite… Vous saisissez la difficulté là ou pas ? Les japonais ne vont pas de puissance de mille en puissance de mille pour ajouter des compteurs comme les occidentaux mais de puissance de dix mille en puissance de dix milles. Ça veut dire que pour eux, un million c’est en fait cent fois dix mille. Un autre exemple : cent mille pour eux, ce n’est pas cent foix mille mais c’est dix fois dix mille. Quand on vient de l’extérieur du Japon, ça fait un peu bizarre de dire que les unités changent et ça rend les conversions bien sympathiques à faire. Faut bien réfléchir avant de parler. Par exemple, la France compte presque 70 millions d’habitants. Soixante dix millions, ça s’écrit donc 七千万 (nana sen man) soit en gros “sept milliers de dix milliers”. Après, on a 億 “oku” qui veut dire cent millions et on a ensuite un nouveau terme toutes les puissances de dix mille. Du coup, je ne vous cache pas que c’est pas simple de compter après mille et ça entraîne quelques confusions parfois.

Vous avez compris qu’il y avait un problème au niveau du comptage au dessus de mille mais je n’ai pas parlé des premières exceptions. Parfois certaines associations de mots passent mal à l’oral, du coup, ils ont décidé de changer un peu. Par exemple, 三百 qui veut dire trois cent se dit “sanbyaku” et non “sanhyaku” comme on pourrait le croire. Il y a une poignée d’exceptions comme ça, c’est pas la mort et je ne vous les donne pas toutes mais ajouté au fait que ce soit compliqué de compter avec de grands nombres, ça commence à ne pas être si évident.

Ça, c’était pour les valeurs de base ! Pour compter quelque chose maintenant, la règle, c’est que l’on va ajouter un suffixe au nombre pour préciser ce que l’on compte. Par exemple, celui le plus utilisé et qui désigne une chose, c’est つ (tsu). Pour les humains, on va utiliser 人 (nin) comme suffixe. Pour les jours, on va utiliser 日 (ka). Je peux continuer longtemps comme ça. Les catégories vont même jusqu’à : “alors pour compter les très petites choses on va utiliser “ko”, pour les minutes, “fun”, pour les choses fines et plates “mai”, pour les longues et cylindriques, “hon”,…”. Vous commencez à comprendre ?

Attendez, je n’ai pas fini, je ne fais que m’échauffer là. Pour compter les humains, j’ai dit que c’était 人 “nin”. Mais ce n’est pas pour tous les chiffres. Par exemple, pour un et deux, on va utiliser “ri” à la place de “nin”. Mais on va aussi utiliser “hito” à la place de “ichi” et “futa” à la place de “ni”. Du coup au lieu de dire “ichinin” et “ninin” comme aurait supposé la règle, on dit “hitori” et “futari”. Après, ça redevient normal : “sannin, yonin, gonin, rokunin, nananin…”. Enfin, 人, c’est un des plus simple aussi. Regardons le つ “tsu” un peu, qui je le rappelle est celui qui est utilisé pour les choses. D’ailleurs, quand on ne connait pas les autres, on peut en gros utiliser celui-là, les gens comprennent. Enfin, l’utilisez pas non plus pour les humains, hein, ça fait tache. Bref, comme pour 人, le 1 et 2 sont “hito” et “futa”. Du coup, on dit “hitotsu”, “futatsu”. Juste que là, ça va. Je compte la suite : 三つ “mittsu”, 四つ “yottsu”, 五つ “itsutsu”, 六つ “muttsu”, 七つ “nanatsu”, 八つ “yattsu”, 九つ “kokonotsu”, 十 “too”. Rien à voir avec les chiffres qu’on a vus au dessus. En plus le “tsu” de dix, passe complètement à la trappe. Et encore une fois, c’est celui le plus utilisé. Voilà, voilà, voilà. D’ailleurs, pour les jours, on utilise presque les mêmes préfixes mais avec 日 “ka”. À une jolie différence près : quatre jours se dit “yokka” et huit jours se dit “youka”. Vous avez vite fait de demander quatre jours de congés au lieu huit et qu’il y ai un malaise !

Partez pas, j’ai pas fini ! Si on compte les minutes, on utilise 分 “fun” en suffixe et c’est globalement les mêmes préfixes que les nombres que l’on a vus au début. À un détail près : par exemple, 三分 qui veut dire 3 minutes, ne se dit pas “sanfun” parce que c’est un peu galère à dire (apparemment… pas de jugement hein.). Du coup, on utilise les accents de “h” qui sont “b” et “p”. Et pour 三分 on dit “sanbun”. C’est la même pour une, quatre, six, huit et dix… Ouais, je ne sais pas si on peut appeler ça exception à ce niveau au final… Y a tellement d’exceptions que ça n’en sont plus, c’est juste un… comment dire… un merdier total à ce niveau là. Aller, pour la forme, je vous donne la liste quand on compte les minutes : 一分 “ippun”, 二分 “nifun”, 三分 “sanbun”, 四分 “yonpun”, 五分 “gofun”, 六分 “roppun”, 七分 “nanafun”, 八分 “happun”, 九分 “kyuufun”, 十分 “juppun”. D’ailleurs, il n’y a pas que 分 comme ça mais tous les suffixes qui commencent par “h” en gros.

A propos des suffixes qui commencent par “h”, il y a 杯 “hai” qui est marrant. Il est utilisé pour compter les liquides dans un conteneur. Par exemple, les verres dans les bars. Aller, contrôle surprise, vous fermez vos cahiers et on se met en situation (qui m’est vraiment arrivée, d’ailleurs). Vous êtes quatre dans un bar et vous voulez tous une bière (biiru ビール). Quel mot vous allez employer pour demander quatre bières ? Allé, je vous laisse encore quelques mots pour réfléchir… Votre réponse ? “yonpai” ? Aaah, vous commencez à comprendre ! Et bien pas du tout. On dit “yonhai” en fait, parce que “yonpun” est une exception que pour “fun”. J’vous ai bien eu hein ? Mais ce n’est pas vraiment le souci. Après avoir lancé un “yonhai biiru kudasai” (qui veut dire “quatres bières s’il vous plait”) au serveur, quelqu’un m’a dit que je ne devais pas utiliser ça dans un bar alors que c’était pourtant le suffixe approprié. Cette réflexion a d’ailleurs lancé un mini débat parmi mes amis japonais. Apparemment, si vous dites “yonhai”, ça présuppose plutôt que les quatre bières sont pour vous et pas pour vos amis et vous. Du coup, on va plutôt utiliser “yottsu”. “Yonhai” reste correct et vous pouvez l’utiliser, c’est juste que ce n’est pas courant dans un bar du coup. Ce sera utilisé si on vous demande d’aller chercher quatre bouteilles de lait au supermarché par contre.

D’ailleurs, encore une chose sur ce suffixe : vous savez comment on dit “j’ai bu un verre de bière” ? “ippai biiru nonda”; et vous savez comment on dit “j’ai bu plein de bière” ? “ippai biiru nonda”. Vous voyez la différence ? Non ? Et bien, c’est parce qu’il n’y en a pas… Et le pire, c’est qu’en kanji, ça s’écrit exactement de la même manière. Quelle bande d’alcoolos ces japonais… En vrai, à l’écrit on va écrire l’un avec des hiragana et l’autre avec des kanjis mais bon… Remarquez, en français, ça ne doit pas être facile pour un japonais de comprendre la différence à l’oral entre “J’ai bu cette bière” et “J’ai bu sept bières”.

Allé pour finir, ça m’a toujours fait bizarre jusqu’à ce que je comprenne pourquoi : quand je rentre dans un restaurant on me dit toujours : “nanmeisama?”. Je ne comprenais pas trop au début et je me disais juste qu’ils me demandaient combien on était, du coup, par exemple, je réponds : “sannin”. Et on me répond “sanmeisama desu ka? Hai…”. Alors pourquoi ils disent “sanmeisama” à la place de “sannin” ? Et bien parce que “mei” c’est un suffixe plus “poli” pour dire “personnes”… On avait oublié de parler de ça, la politesse dans une leçon de japonais, ça faisait longtemps, hein ? D’ailleurs, “sama” est une marque de respect envers le client mais si on vous demande combien, ne l’utilisez pas… sauf si vous voulez parler comme Alain Delon, parce que ça fait vraiment prétentieux de l’utiliser pour soi même. Du coup, j’utilise toujours le “nin” moi, faut pas exagérer…

J’espère que vous comprenez un peu plus mon désarroi et que vous compatissez, sinon, tant pis, je n’avais qu’à pas vouloir m’installer là-bas après tout, c’est bien fait pour ma pomme ! D’ailleurs, mon niveau en “comptage” n’est plus trop mauvais maintenant sauf que je n’utilise pas les suffixes trop compliqués, ça ne sert à rien pour le moment, je préfère me concentrer sur d’autres choses. Enfin, si vous voulez encore plus de détails, vous pouvez consulter la page wikipédia dédiée même si elle est loin d’être exhaustive.

2 réflexions au sujet de « Le japonais #4 – Compter en japonais »

  1. Ah j’avais oublié ce foutoir sur le comptage !
    Et j’avoue que tu m’as bien fait marrer sur le “ippai biiru nonda” qui est carrément louche en effet x)

    Et pour ce qui est de couper en 10 000, je crois que les Chinois font pareil. Donc ça doit être un truc d’asiatiques. Ou que les Japonais ont piqué aux Chinois. Ou autre coïncidence régionale.
    A confirmer, par contre, je dis ça le matin “au réveil”, c’est pas ce qu’il y a de plus fiable =p

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